Le 26 mars, nous avons réuni à Kinshasa des dirigeants d’institutions financières, des responsables de microfinance et des acteurs du secteur privé congolais autour d’une question simple : comment aborder la transformation digitale — vraiment, concrètement, dans nos réalités ?
La journée a été riche. Les échanges, francs. Et ce qui en ressort dépasse largement les slides que nous avions préparées.
Cette conférence n’aurait pas eu le même sens il y a cinq ans. Elle a eu lieu maintenant parce que le contexte congolais l’exige.
Le gouvernement congolais s’est fixé un objectif ambitieux : faire passer le taux d’inclusion financière de 38,5 % à 65 % d’ici 2028. C’est un chantier colossal, et les institutions financières, banques comme IMF, sont en première ligne pour y répondre.
En parallèle, la RDC a lancé en octobre 2025 son Plan national du numérique 2026-2030, avec une enveloppe prévue de 1,5 milliard de dollars, ambitionant de faire du pays un hub digital régional. Et sur le terrain, le Mobile Money est devenu pour une partie croissante de la population congolaise le premier point d’entrée dans les services financiers, ce qui redéfinit profondément les enjeux pour toutes les institutions.
Le secteur bouge. Vite.
L’un des signaux les plus concrets de cette dynamique, c’est le projet TRANSFORME, dans lequel je suis personnellement impliqué, mandaté par PCES, sur les volets inclusion financière et structuration du secteur bancaire.
Doté de 300 millions de dollars et financé par la Banque mondiale, TRANSFORME vise à catalyser le développement économique inclusif en soutenant l’autonomisation des femmes entrepreneures et la modernisation des PME à travers la RDC. Ce qui me concerne directement, c’est la composante financière : comment connecter ces entreprises et ces entrepreneures à des institutions capables de les financer durablement, et comment ces institutions doivent évoluer pour y parvenir.
Dans ce cadre, 10 000 terminaux de paiement électronique ont été attribués aux IMF et aux coopératives d’épargne et de crédit, leur permettant de se connecter au système de paiement national de la Banque centrale du Congo. Ce n’est pas de la numérisation cosmétique. C’est une refonte structurelle de l’accès au financement pour des dizaines de milliers d’entrepreneurs congolais.
C’est précisément ce terrain, cette réalité vécue de l’intérieur, qui a nourri une grande partie de ce que j’ai partagé lors de la conférence.
La journée a été construite autour d’une conviction que je porte depuis vingt ans de travail sur la digitalisation du secteur financier africain : la technologie n’est jamais le vrai problème. Le vrai problème, c’est la méthode, l’accompagnement humain, et la clarté sur ce qu’on cherche à transformer.
Nous avons ouvert sur une distinction qui parait simple mais qui change tout dans la pratique : la différence entre numérisation et digitalisation. Numériser, c’est passer au sans-papier. Digitaliser, c’est repenser la façon dont une institution travaille, décide, et sert ses clients. Beaucoup d’institutions ont fait la première. Peu ont fait la deuxième, et la confusion entre les deux a coûté cher à beaucoup de projets.
Nous avons parlé de méthode : comment écouter avant d’investir, comment laisser le métier définir les priorités plutôt que de laisser la technologie les imposer, comment avancer par étapes mesurables plutôt que de vouloir tout transformer d’un coup.
Nous avons parlé du choix du partenaire technologique, une décision que beaucoup sous-estiment. Un grand éditeur international n’est pas nécessairement le bon partenaire pour une institution en RDC. Ce qui compte, c’est la connaissance terrain, la proximité avec les réalités réglementaires de la BCC, et surtout : la capacité à être encore là dix-huit mois après le go-live.
Et nous avons parlé de ce qui se passe après le déploiement, souvent l’étape la plus négligée, et pourtant celle qui détermine si l’investissement tient dans la durée.
Chez PCES, nous sommes présents en RDC depuis plus de vingt ans. Nous avons accompagné les premières migrations core banking du pays, déployé des solutions mobiles, travaillé avec des institutions de toutes tailles, des coopératives locales aux banques commerciales.
Ce n’est pas une posture marketing. C’est une réalité de terrain, construite projet après projet, souvent dans des conditions difficiles, toujours dans la durée.
Organiser cette conférence, c’était une façon de rendre utile vingt ans d’expérience accumulée sur le continent. Pas seulement livrer des systèmes, mais contribuer à élever le niveau de la conversation sur la transformation digitale dans le secteur financier congolais. Parce que nous croyons que les institutions qui comprennent vraiment ce qu’elles font, et pourquoi, réussissent mieux leurs transformations. Et que ce qui se construit ici, à Kinshasa, a une portée bien au-delà des frontières de la RDC.
La journée s’est terminée non pas sur des réponses définitives, mais sur des questions que chaque participant repart poser dans sa propre institution. C’est exactement ce que nous voulions.
Rendez-vous à la prochaine édition.